Leïla Kalibekovna Khrapunova

Biographie rédigée par le service de presse en 2012

Leïla Kalibekovna Khrapunova (Daniarova de son nom de jeune fille, Beketova en premières noces), est née le 19 décembre 1958 au hameau d’Irtychsk (district Predgornenski, région du Kazakhstan Oriental).

Le père de Leïla, Kalibek Kaïrbaévitch Daniarov, né en 1931 au hameau d’Akjar (région du Kazakhstan Oriental) est un scientifique, décoré du titre de Constructeur émérite du Kazakhstan. Écrivain célèbre, il est l’auteur de nombreux travaux consacrés à l’histoire du Kazakhstan, qui se distinguent significativement de la version officielle en vigueur dans l’historiographie soviétique. Il est diplômé du Lycée technique des mines et de la métallurgie de Leninogorsk, de l’Institut polytechnique de Tomsk et de l’Institut de construction de routes d’Oust-Kamenogorsk.

Sa mère, Rassilia Abdoulgazizovna Daniarova, est née en 1940 à Tomsk (Fédération de Russie). Elle est ingénieur de formation.

Leïla Kalibekovna a deux soeurs : Galia (1963-2001) et Gaoukhar, née en 1975.

En 1977, alors qu’elle est étudiante en deuxième année à l’Institut de construction hydraulique, Leïla épouse son condisciple Assylbaï Beketov, étudiant à la Faculté de génie civil. Le couple s’est séparé en 1993.

En 1998, Leïla épouse Viktor Khrapunov, né en 1948. Akim (maire) d’Almaty, la capitale historique du Kazakhstan, pendant sept ans, il a également exercé les fonctions de ministre de l’Énergie du Kazakhstan, de gouverneur de la région du Kazakhstan Oriental et de ministre des Situations d’urgence du Kazakhstan.

Leïla Kalibekovna a trois enfants.

Sa fille Elvira, née en 1979 à Djamboul (Taraz), a vécu à partir de 1994 en Suisse. Après des études secondaires dans un internat de Lausanne, elle a obtenu un diplôme en Relations publiques et Communication à l’Institut international de Genève. Elle a poursuivi ses études et effectué des stages professionnels aux États-Unis, où elle a obtenu sa certification de designer d’intérieur. Aujourd’hui, Elvira réside aux États-Unis avec son époux et ses trois enfants.

Son fils Illiyas, né en 1984 également à Djamboul (Taraz), vit en Suisse depuis 1998. Il y a obtenu le baccalauréat universitaire et un diplôme CAS à l’Institut Le Rosey puis, en 2006, un MBA en management, droit international et finances à la Webster University de Genève. Il est marié à la fille du célèbre opposant politique kazakhstanais Moukhtar Abliazov. Le couple a deux enfants.

Son fils le plus jeune, Daniel, est né en 1996 à Almaty. Il vit depuis 2007 à Genève. Il a obtenu le baccalauréat universitaire et un diplôme CAS à l’Institut Le Rosey et a fait des études en Business et Administration au Whittier College, en Californie. Il poursuit actuellement ses études à l’Université de Suisse.

En 1976, après la fin de ses études secondaires à Djamboul (Taraz), Leïla est entrée à l’Institut de construction hydraulique de Djamboul. Elle y a obtenu en 1981 un diplôme d’ingénieur économiste, spécialité Économie et organisation de la production. Leïla Kalibekovna est également titulaire d’un diplôme international de gestionnaire de projets de construction.

De 1988 à 1990, elle étudie à la faculté d’organisation de l’action culturelle de l’Institut de la culture de la ville de Tchimkent (Chimkent).

Leïla Beketova2 commence à travailler en 1981, à l’âge de 21 ans, en décrochant un emploi d’économiste à la Commission de planification régionale de la ville de Djamboul.

De 1982 à 1986, elle est ingénieur économiste au Combinat de construction d’habitations de Djamboul.

Ses qualités d’organisatrice et de gestionnaire lui valent d’être élue Secrétaire du Comité du Komsomol du Combinat de construction d’habitations. À ce poste, elle apprend à gérer un collectif important.

En 1986, Leïla Beketova2 et sa famille déménagent de Djamboul (Taraz) à Alma- Ata (Almaty).

1987 marque un moment important de sa carrière professionnelle : elle est recrutée en tant que réalisatrice assistante au Comité d’État à la Radiotélévision de la République socialiste soviétique kazakhe. Cette expérience lui ouvrira les yeux sur l’écart considérable séparant la télévision publique du Kazakhstan de ses concurrentes internationales.

En 1990, ses propres moyens financiers et la souscription d’un crédit bancaire la dotent du capital de départ qui lui permet de créer sa première entreprise : la chaîne de télévision TAN. À l’origine simple studio de production de programmes télévisés, TAN devient rapidement la première chaîne de télévision à capital entièrement privé de tout l’espace post-soviétique. Dès mars 1991, elle diffuse des émissions destinées aux quelque deux millions d’habitants d’Almaty et de sa région. Leïla Beketova2 parvient ainsi à créer ex nihilo la structure administrative d’une entreprise privée qui emploiera jusqu’à 150 personnes. Pour elle, il s’agit d’une expérience nouvelle et passionnante.

Cette même année, Leïla Beketova2 devient membre du Présidium de la Société kazakhstanaise pour l’amitié entre les peuples et le développement des relations avec les pays étrangers. À ce titre, elle collabore activement avec diverses organisations internationales. C’est ainsi qu’en 1993 elle prend part à la conférence internationale CNN World Report Contributors Conference, où elle présente un rapport intitulé « Breaking Stereotypes : How TV news can shape how we view each other in the East and West ». Très impliquée dans le développement des relations internationales de son pays, Leïla cherche de cette façon à contribuer au processus d’intégration du Kazakhstan dans le réseau mondial de radiotélévision.

En 1993, alors âgée de 35 ans, Leïla présente au gouvernement de la République du Kazakhstan (RK) des propositions visant à réformer en profondeur la Radiotélévision publique de la RSS kazakhe (RSSK), porte-voix idéologique du Parti communiste de la RSSK, pour en faire une chaîne de télévision de droit public de la RK, devenue indépendante en 1991.
Cette proposition consiste également à améliorer la qualité des émissions et à réglementer les relations avec les chaînes de télévision privées, notamment dans les domaines créatif, économique et technique.

Le projet de réformer la Radiotélévision de la RSSK et de la remplacer par la Corporation de Télévision et de Radio de la RK (RKTRK) est salué dès 1993 par le Président et le Parlement de la RK, dont l’objectif affiché est la mise en place d’un système de pouvoir démocratique.

Le 4 avril 1994, par décret du président de la République du Kazakhstan, Leïla Beketova2 est nommée présidente de la RKTRK, avec rang de ministre. Le président Nazarbaev, qui se présentait en ce début des années 1990 comme un démocrate convaincu, avait décidé de la nommer à ce poste en sa qualité d’innovatrice et de créatrice de la première chaîne démocratique privée du Kazakhstan.

Mais un an plus tard, début 1995, le président Nazarbaev change de position politique, se met à implanter le népotisme au sein des organes de pouvoir du Kazakhstan et se détourne du cap démocratique qu’il avait initialement fixé au pays. Du fait des mesures prises par le pouvoir, la Télévision publique de la RK ne deviendra jamais un média démocratique.

Dans le cadre de ses fonctions ministérielles, Leïla Beketova2 accorde une attention particulière aux relations avec les chaînes de radiotélévision et les agences de presse des pays démocratiques développés, car elle est convaincue que si le Kazakhstan veut se doter de médias électroniques démocratiques de qualité, il doit absolument s’inspirer des meilleurs modèles mondiaux. C’est dans ce but que la RKTRK signe un accord d’échange d’expérience avec le service international de CNN. Dans le même temps, un accord passé avec des partenaires français visant à la création du projet « Star – Terre » vise à régler certains problèmes environnementaux au Kazakhstan, notamment le sauvetage de la mer d’Aral.

Portée par son intérêt pour l’innovation et sa volonté de s’inspirer de l’expérience des principaux pays du monde, Leïla Beketova2 lance dans les années 1990 toute une série d’initiatives visant à créer au Kazakhstan une Télévision et une Radio publiques. Sous sa direction, des contacts sont passés avec des chaînes étrangères, des agences de presse, des organisations internationales, l’UNESCO, Inter News, la BBC, etc.

Mais début 1995, les autorités du Kazakhstan commencent à redouter la liberté de pensée, la liberté d’expression et les médias démocratiques indépendants. Il apparaît que le président Nazarbaev et son gouvernement ne souhaitent pas que le pays emprunte la voie de la démocratie. C’est alors que, par une décision gouvernementale, la Corporation de Télévision et de Radio de la RK (RKTRK) est incorporée au ministère de la Presse.

Leïla Beketova2 s’oppose à la stratégie élaborée pour le président Nazarbaev par le conseiller d’État Marat Tajine, qui consiste à renforcer le contrôle du pouvoir exécutif sur les chaînes nationales de radio et de télévision de la RK. De ce fait, et sous la pression de Noursoultan Nazarbaev, Leïla Kalibekovna démissionne de son poste de présidente de la RKTRK.

Dans l’histoire contemporaine du Kazakhstan, 1995 peut être considérée comme l’année où la société kazakhstanaise a été privée de son droit à disposer de médias indépendants. Les journalistes de radio et de télévision kazakhstanais perdirent leur indépendance et la possibilité de se conformer, dans leurs activités professionnelles, aux principes du Code International de l’Éthique Journalistique.

De 1995 à 1998, Leïla Beketova2 reprend ses activités de présidente de sa propre chaîne de radiotélévision, TAN.

Parallèlement, Leïla Beketova2 continue de réfléchir aux réformes indispensables à la télévision et à la radio du Kazakhstan. Elle consacre une série de publications à ce sujet. En 1997, elle soutient sa thèse de doctorat consacrée à la concurrence dans les médias kazakhstanais. L’intitulé exact est le suivant : « Mise en place des mécanismes de compétitivité et de marché dans le système de la Télévision nationale de la République du Kazakhstan ».

En 1997, Leïla Beketova2 fonde une université privée dotée d’un Conseil scientifique : l’Université économique d’Almaty.

En 1998, elle est forcée, pour des raisons politiques, à vendre la chaîne TAN, y compris ses infrastructures techniques, dont le bâtiment de quatre étages où se trouvaient ses bureaux et ses studios d’enregistrement.

L’expérience riche et diverse qu’elle a acquise en plus de dix ans de travail à la radiotélévision d’État de la RSSK, à la tête de TAN et en tant que présidente de la RKTRK permet à Leïla Khrapunova1 de prendre un virage dans sa vie professionnelle. En décembre 1998, elle crée l’entreprise Moda Italii et ouvre deux magasins de vêtements de luxe : la boutique multi-marques Fashion Walk et la boutique Gianfranco Ferré.

En 1999, elle participe à la Fashion Week d’Almaty, aux côtés de maîtres européens de la haute couture comme Ted Lapidus, Lorenzo Riva, Didier Lecoanet et Hemant Sagar (Lecoanet & Hemant) ou encore Igor Tchapourine.

En 1999, Leïla Khrapunova1 crée une nouvelle entreprise, VILED (dont le nom provient de l’assemblage des initiales des membres de sa famille : Viktor, Illiyas, Leïla, Elvira, Daniel), spécialisée dans la distribution d’horlogerie, joaillerie et accessoires de luxe des marques Cartier, Van Cleef, Damiani, Vacheron Constantin, Harry Winston, Carrera y Carrera, Piaget, Frank Muller, IWC, Wan Der Bawede, Panerai, Baume Mercier et autres.

Mais il devient de plus en plus difficile de faire des affaires au Kazakhstan, du fait de la concurrence déloyale et de la corruption des structures du pouvoir — un fléau auquel Leïla Khrapunova1 avait déjà été confrontée quatre ans plus tôt. Elle est contrainte de « vendre » son entreprise à des concurrents proches de la famille du président Nazarbaev.

En dépit de toutes ces difficultés, Leïla Khrapunova1 ne baisse pas les bras et ne se laisse pas intimider. Elle ne cède pas aux pressions des représentants du clan du président Nazarbaev, qui cherchent à la forcer à quitter le monde des affaires. En 2003, elle rassemble toutes les entreprises qu’elle a créées en treize ans au sein d’une nouvelle structure, la Holding Phоеnix, qui s’occupe de consulting et de soutien aux PME. L’objectif de Leïla, à travers Phoenix, est d’accompagner la création et le développement des PME dans un pays qui a clairement besoin de voir apparaître de nombreuses petites et moyennes unités de production et de nouveaux emplois de qualité pour la population.

Leïla Khrapunova1 a alors l’intention de développer une holding innovante dans le domaine de l’immobilier. Dans ce but, elle est l’une des premières dirigeantes d’entreprise du pays à créer au sein de sa holding une startup de services destinés aux jeunes businessmen désireux de lancer leur propre startup.

Rapidement, la holding Phoenix se consacre en priorité à la construction de logements dans des complexes résidentiels, touristiques, hôteliers et commerciaux, à la reconstruction de bâtiments commerciaux, à la destruction des immeubles insalubres, à la planification et la création de projets architecturels d’économie d’énergie, à la logistique du secteur de la construction et à la gestion des installations.

En 2005, il apparaît clairement à Leïla Khrapunova1 que si elle souhaite continuer de développer ses activités entrepreneuriales au Kazakhstan, elle va devoir renoncer à ses principes et jurer fidélité au clan familial des Nazarbaev, acceptant ses ambitions totalitaires.

Refusant de travailler au sein d’un système fondé sur la concurrence déloyale et ne bénéficiant qu’à ceux qui se trouvent aux manettes, Leïla Khrapunova1 prend la difficile décision de restructurer sa holding.

En 2005, cette holding en plein essor connait une croissance stable et fonctionne à plein régime, mais Leïla Khrapunova1 doit se résoudre à la fermer, sous la pression intense exercée sur Phoenix par les autorités de la ville d’Almaty, en la personne de l’Akim (maire) I. Tasmagambetov, agissant avec la bénédiction du président Nazarbaev.

C’est ainsi qu’à cause de l’absence d’une concurrence loyale et de l’arbitraire des protégés du président Nazabaev (qui exerce le pouvoir au Kazakhstan sans discontinuer depuis maintenant 27 ans), Leïla Khrapunova1 a dû mettre fin à sa carrière de businesswoman dans son pays.

Elle garde quand même l’espoir qu’un jour le clan au pouvoir devra indemniser le préjudice moral, financier et juridique causé à sa famille ainsi qu’à de très nombreux autres Kazakhstanais ayant souffert du régime corrompu de Noursoultan Nazarbaev.

Le 29 octobre 2007, Viktor Khrapunov démissionnait de son poste de ministre des Situations d’urgence. Peu après, le 9 novembre 2007, Leïla Kalibekovna et Viktor Viatcheslavovitch, avec leur benjamin Daniel, s’installaient en Suisse, où les enfants aînés de Leïla Khrapunova1 résidaient, étudiaient et travaillaient depuis 1994.

Notes

1 Leïla Khrapunova, née Daniarova, Beketova en premières noces
2 Leïla Beketova, née Daniarova, Khrapunova en secondes noces

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